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La belle verte

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AuteurMessage
madame_dulac
Grand Pan d'Hüll
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Inscrit le : 05 Oct 2006
Messages : 2458
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MessageSujet: La belle verte   Mer 25 Oct - 10:36

Je recommande, pour ceux qui ne l'ont pas encore vu, "la belle verte" de Colinne Serreau
"Quelque part dans l'univers existe une planete dont les habitants
evolues et heureux vivent en parfaite harmonie. De temps en temps
quelques-uns d'entre eux partent en excursion sur d'autres planetes.
Curieusement depuis deux cents ans plus personne ne veut aller sur la
planete Terre. Or un jour, pour des raisons personnelles, une jeune
femme decide de se porter volontaire. Et c'est ainsi que les Terriens
la voient atterrir en plein Paris"



On a pu voir, à l'époque de sa sortie, des commentaires du genre: "
Ce film est d'une nullité absolue, le scénario est catastrophique et les dialogues profondément débiles."

Je le mets dans le top ten de mes préférés....Very Happy

Vu sur Wikipédia:


En résumé, le film La Belle Verte est une fable philosophique, anti-conformiste,écologique,décroissante, voire féministe, humaniste et pacifiste, pleine d'humour et de santé. On notera la prestation savoureuse de la troupe comique des violonistes du "Quatuor".
Un film "politique" au sens noble du terme parce qu'il prône des
valeurs sensibles comme la coopération et l'harmonie réelle comme
valeur sociales. Valeurs décroissantes
largement partagées dans la société mais souvent décriées par les
medias en place. Ainsi Coline nous montre des "concerts de silence", le
rejet des technologies nuisibles (les consommateurs se débarrassent
notamment volontairement de leurs appareils micro-ondes) et la
transformation du sport de compétition (ici le foot) en ballet !
Le film fut étonnamment attaqué par la presse à sa sortie (du Figaro à Télérama ) et largement boudé par la télévision…

Je ne garde que la preuve du prix qu'atteignait la K7 sur le net avant sa parution en D.V.D.... Et je vous conseille les bonus, époustoufflants ! (surtout la scène où Darry Cowl, à l'assemblée, pète un cable...)
_________________
Il y en a qui sont faits pour commander et d'autres pour obéir. Moi je suis fait pour les deux : ce midi, j'ai obéi à mes instincts en commandant un deuxième pastis. (Dac)
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madame_dulac
Grand Pan d'Hüll
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MessageSujet: Re: La belle verte   Mer 25 Oct - 10:45

Mila (Colline Serreau) incarne la distance philosophique devant le
monde actuel, la distance d’un esprit lucide, non-contaminé par les
préjugés d’un temps et qui verrait directement ce monde tel qu’il est.
Le jeu du film consiste à tourner en dérision une culture qui se croit
très évoluée en montrant qu’elle est sous-évoluée, primitive, barbare
même. Mieux : les " primitifs " sont présentés
comme beaucoup plus évolué : mieux insérés dans la nature, plus avancés
spirituellement. Le renversement est complet et il produit un effet,
nous sommes invités à nous retirer intérieurement et à regarder notre
monde comme un curieux spectacle que nous suivrions d’une distance
désimpliquée. Cela autorise toutes les remises en questions des
prétendues évidences culturelles. " Vous en êtes encore à manger de la
viande ? ! ! ! " " Vous ne vous êtes pas encore débarrassés de vos
machines ? ! ! !".
Le
comble, c’est que lorsqu’elle intervient, c’est pour " déconnecter ".
L’idée pourrait être prise au sens : sortir quelqu’un de la réalité,
comme s’il s’agissait de donner une euphorisant. Or en fait,
" déconnecter ", ici c’est débrancher un individu d’un système qui le
vampirise, le nourrit et l’empoisonne en même temps. Ce n’est pas
couper du réel pour plonger dans une illusion, c’est libérer de
l’illusion d’une vie fausse et artificielle et reconnecter au réel en
sortant de l'hallucination ordinaire. Ce n’est pas plonger dans un
rêve, mais sortir du cauchemar de la vie ordinaire ; vivre vraiment
avec une lucidité plus fine, une sensibilité plus vive, un amour plus
vrai et sincère. C’est revenir à la nature, alors que l’on est de part en part un produit de culture, une sorte de machine branchée,
alimentée par le système social. Être branché, c’est aussi être
dépendant, c’est s’alimenter par l’intermédiaire du tuyau culturel.
Être débranché, revient à retrouver sa nature autant que sa liberté.
Revenir à la Vie dans son essence pathétique, affective, à la vie comme
vécu de la conscience et non comme fonctionnement technique ou comme
rôle social. Le médecin déconnecté cesse d'être avant tout un "chef",
un "technicien", redevient humain et il redécouvre la Vie, le miracle
de la naissance qu'il n'a jamais connu que dans un fonctionnement de
technicien "je coupe, je péridurale... mais la vie, je ne sais pas ce
que c'est que la donner".

Ce qui est remis en cause c'est en fait toute la structure de la
société post-moderne : A) la notion de hiérarchie sociale, avec son
cortège de supériorité (les chefs), de domination, de compétition
sociale. B) La valeur prétendue de la technologie comme mesure de
l’évolution : " nous aussi on a eu l’être industrielle, mais après il y
a eu le chaos pré-renaissance du rejet des produits industriels contrer
tout ce qui pouvait empoisonner la nature et la vie humaine ". D’où le
retour à la nature comme achèvement logique de l’évolution. C) le
mensonge social et l’absence d’amour comme lien véritable " si vous ne
mettez pas de rouge à lèvre on ne vous aime pas ? ", " Mais pourquoi
reste tu avec un type comme moi ? Mais pour ton compte en banque mon
chéri, c’est tout ". Attention, quand ils sont déconnectés, ils se
mettent à parler vrai ! ". D) l’argent " t’as pas de monnaie, t’as
rien ". " Ils ont encore de la monnaie ? ". Un monde dans lequel les
relations seraient fraternelles, ce serait un monde où le don, le prêt,
l’échange se feraient sans intermédiaire, comme dans le cadre d’une
famille où l’on se prête des choses sans utiliser l’argent. E) la
télévision comme poison mental "j’en ai marre de cette télé qui te
bouffe la tête, à partir d’aujourd’hui dans cette maison, on se parle ".

Cette leçon mérite d’être prolongée. Il est très facile de passer à
côté du sens du film, en prenant un parti d'emblée critique : y voir de
la naïveté, de voir là une Utopie baba cooldes années 68 dans la période du retour à la nature.
Nous sommes si fiers de notre technologie moderne, que nous avons
beaucoup de mal à comprendre un monde qui en serait délivré. Nous
n’avons pas envie et nous ne pouvons pas retourner à l’état sauvage.
Nous sommes à l’ère d’Internet et des nouvelles technologies. Mais, ce
film à un résonance : on ne peut pas ne pas penser à un rapprochement
avec Rousseau : " Emile sera un sauvage parmi les hommes ". L'idée que
la véritable éducation doit réintroduire la nature dans la culture.
Dans un univers social violent, déshumanisé, coupé de la Nature, le ton
du film sonne très juste. Ce qui est dit dans le film, c’est que
l’évolution, (que nous n'interprétons qu'en terme technique), c’est
l’évolution spirituelle, l’utilisation à 100% des ressources du
cerveau dans une conscience plus élevée avec ses pouvoirs (cf.
télépathie, pouvoirs psychiques) et non pas l’évolution matérielle
de la technique. " Sur terre, ils sont sous-développés, ils n’utilisent
que même pas 5% de leur cerveau ! !". L’éloge du film va aussi au
respect et à la culture du corps de sa beauté, de sa vigueur,
au soin de l’exercice physique pour une vie saine. Enfin, la musique –
et sa relation au silence - semble jouer un grand rôle, elle est vue
comme l’art suprême (Bach comme un envoyé d’un autre monde). Mais le
silence a une importance encore plus grande (cf. les concerts de
silence).

Noter aussi l’ironie sur Jésus (lui aussi venant d’un autre monde)
" et bien, ils ne l’ont pas raté Jésus, ils l’ont crucifié ! ". Noël ?
le jour du crucifié où on offre des pistolets aux enfants.


Vu sur: http://sergecar.club.fr/cinema/htm, rubrique philosophie et spiritualité.

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